Dans la famille, on dit que j'ai le nez de mon père. Merci papa, mais j'aurais préféré ta voiture. Longtemps, disons jusqu'à ce que me pousse une conscience du beau, j'ai ignoré ce qui se tramait sur mon visage. Je sentait bien les bord s'étendre, mais je supportais mes étalements physiologique avec une sérénité de bronze. IL faut dire qu'à 4ans j'étais le genre d'enfant à passer des heures a compter mes orteils. Alors, pour ce qui est du degré de mon angle naso-labial, je verrais plus tard.
A l'adolescence, j'ai croisé un miroir, j'ai regardé au fond, et j'ai vu : mon nez est long et charnu au bout, il fait penser qu'au moment du fignolage mes parents m'ont balancé un morceau de pate à pain au milieu de la figure plutôt que de prendre la peine de me sculpter un vrai nez, juste parce qu'ils ont eu autre chose à faire de plus urgent. J'exagère un peu.
J'envie le nez d'autrui. Ma s½ur, mon autrui le plus proche, a un petit nez joliment retroussé, une sorte de tremplin à fées qu'on voit à peine, mais qu'on situe entre les yeux et la bouche , parce que c'est là en général que pousse ce genre de chose. Moi aussi, j'aurais voulu avoir un nez de gamine, à la Brigitte Bardot première heure, droit et court, ponctué par deux narines discrètement effilées qui frémissent au moindre coup de vent, comme pour jeter un sort.
A la place, j'ai eu le nez de Cameron Diaz, sauf que, sur elle, il a l'air mieux. Le coté Justin Timberlake autour, sans doute. J'ai donc un nez de caractère, me disent les gens qui me veulent du bien. Et puis, regarde Sofia Coppola, qu'ils s'énervent, elle non plus, elle n'a pas un nez parfait. Oui, mais elle a un oscar, elle, ça aide à relativiser. Je sais pas, toi, Sofia, mais le mien a un mauvais caractère. Pendant l'adolescence, il s'est couvert de points noirs et autres délicatesse épidermiques qu'il a fallu décaper à la soude. Ca ne l'a pas calmé. En hiver, il rougit coule et donc il gonfle, tant qu'à peaufiner. Et j'ai beau me momifier dans des mouchoirs, au printemps, il détecte le moindre bout de pistil, donc rougit, coule et gonfle. Heureusement, mes yeux rougissent, coulent et gonflent aussi, sa fait diversion. En été, devinez quoi, il , il...rougit, c'est ça. Après, il pèle, ça change.
Après m'être éplucher le nez de juin à septembre, j'essaie de l'oublier. Mais c'est difficile à planquer, un nez. Ce n'est pas une fesse. On peut pas le dissimuler sous un jean. Je le dis, parce que j'ai essayé. J'ai tout essayé, d'ailleurs : la frange ( pas pratique, rapport aux yeux qui gênent ) , le cache-nez ( le nom est tentant, le produit est de mauvaise foi : tout ce qu'il cache c'est le cou, et de ce coté la, sa va, merci) , la terracota sur les ailes, l'expression pincée qui fait ressembler à un hibou sous acide, l'éventail ( la greffe n'a pas pris), la main devant , le col roulé déroulé et sortir avec Depardieu, pour faire contraste. Il n'a jamais rappelé.
Alors, j'ai pensé au bistouri. Même si , à raison de 4000 euros prix d'appel + deux mois de planque chez soi à cause des bleus, quand on a pas le codevi de Madonna, on hésite. Et puis j'ai feuilleté le compte rendu des défilés printemps-été. Les filles étaient sublimes, mais sur elles, il y avais quelque chose de bizarre, que je n'avais pas vu depuis longtemps. Un sourire ? Des escarpins confortables ? J'ai cherché ce que ça pouvait être, et j'ai trouvé : des nez. Longs, avec des bosses, en patate. Comme celui de la top Maria Carla . Si cette fille-là en a, ça doit être un signe de hype. Alors j'ai décidé d'accepter le mien. Et je crois que j'ai eu le nez fin .
Fiona Schmidt